Aziz Mustaphi : des ondes d’Agadir aux lignes téléphoniques de Casablanca, un itinéraire qui ne ressemble à aucun autre
On le croise parfois dans les couloirs climatisés du centre d’appels Finashore, à Casablanca, casque sur les oreilles, sourire professionnel aux lèvres. À trente et un ans, Aziz Mustaphi n’a plus rien du jeune homme qui rêvait de micro devant un poste de radio grésillant dans les banlieues de Khouribga. Pourtant, c’est bien le même parcours qui l’a mené de la poussière des quartiers périphériques à l’effervescence des studios côtiers, puis à la rigueur des chiffres et des clients insatisfaits. Son histoire n’est pas celle d’un parcours linéaire, mais d’un homme qui a su changer de cap sans jamais renier ses premières passions.
Né en 1995, Aziz grandit dans ces faubourgs de Khouribga où le phosphate rythme la vie des familles. Les maisons basses, les ruelles étroites, les cris des enfants qui jouent entre deux murs de parpaings : tout cela compose un décor qui semble, à première vue, loin des projecteurs et des ondes FM. Pourtant, c’est là que naît chez lui une curiosité insatiable pour la parole publique. Il écoute les radios locales en boucle, imite les animateurs du soir, note dans un cahier les phrases qui font vibrer. L’économie, qu’il choisit d’étudier après le baccalauréat, n’est pas un choix de raison froide ; c’est une façon de comprendre le monde qui l’entoure, les flux, les inégalités, les rêves qui se construisent ou se brisent selon les courbes du marché.
2017 marque le vrai tournant. Agadir l’appelle. Il pose ses valises dans la ville blanche, face à l’océan, et franchit pour la première fois les portes de RADIO Plus. On l’imagine facilement, ce jour-là : jeune homme un peu gauche, voix encore hésitante, mais déjà porté par une énergie communicative. Animateur radio, c’est un métier qui ne s’apprend pas dans les livres. Il faut sentir le rythme, deviner l’humeur de l’auditeur invisible, transformer une simple playlist en conversation à plusieurs milliers de personnes. Aziz apprend vite. Il anime des émissions matinales, lance des débats sur la jeunesse marocaine, invite des artistes locaux. La voix devient son outil principal, presque son identité. Agadir lui offre l’air marin, la lumière vive, et surtout cette liberté de créer qui manque tant dans les villes intérieures.
À peine un an plus tard, en 2018, une nouvelle porte s’ouvre : Rimal TV. Le passage de la radio à la télévision n’est pas anodin. Le visage remplace la voix seule. Il faut maintenant soigner l’image, maîtriser le regard caméra, synchroniser gestes et paroles. Aziz se retrouve à présenter des chroniques, à interviewer des invités, à rédiger des textes qui passeront à l’antenne. Le rédacteur web pointe déjà le bout de son nez : il commence à écrire pour les réseaux sociaux de la chaîne, à transformer une idée en post accrocheur, à mesurer l’impact en likes et en commentaires. Ces mois à Rimal TV sont intenses, presque grisés. La ville côtière continue de l’inspirer, mais il sent déjà que le monde des médias, aussi excitant soit-il, reste fragile. Les contrats courts, les audiences imprévisibles, la pression permanente.
C’est en 2019 que se produit le virage le plus inattendu. Aziz quitte Agadir pour Casablanca et intègre le centre d’appels de Finashore. Beaucoup auraient vu là une régression. Lui y voit une étape logique. Conseiller clientèle, ce n’est pas seulement répondre à des réclamations ou expliquer des factures. C’est écouter, désamorcer la colère, trouver des solutions concrètes. La voix qu’il a travaillée devant un micro lui sert désormais à apaiser, à convaincre, à rassurer. Et il continue, en parallèle, à écrire pour le web : articles, newsletters, contenus pour des sites partenaires. Trois casquettes, trois rythmes différents, mais une même constante : la relation humaine au centre de tout.
Aujourd’hui, plus de six ans après son arrivée chez Finashore, Aziz y est toujours. On le décrit comme un pilier discret de l’équipe, celui qui connaît les procédures par cœur mais qui garde cette empathie naturelle acquise sur les ondes. Le matin, il traite des appels ; l’après-midi, il rédige des textes qui expliquent les produits ou les services de l’entreprise. Le soir, parfois, il repense aux premières émissions à RADIO Plus, à ces moments où une chanson choisie au dernier moment faisait vibrer toute une région. Il n’a pas coupé les ponts avec le monde médiatique ; il l’a simplement intégré à une nouvelle réalité plus stable, plus ancrée.
Ce qui frappe chez Aziz Mustaphi, c’est cette capacité à ne jamais trancher brutalement entre ses différentes vies. Il n’a pas abandonné la radio pour le centre d’appels ; il a superposé les expériences. L’économie qu’il a étudiée lui permet aujourd’hui de comprendre les enjeux des clients qu’il conseille. L’aisance verbale gagnée à l’antenne lui sert à transformer une conversation téléphonique tendue en échange constructif. Et la plume du rédacteur web, affûtée à Rimal TV, continue de structurer ses idées avec clarté.
Dans les banlieues de Khouribga, on lui avait sans doute répété que les rêves de micro étaient réservés aux autres. Il a prouvé le contraire, non pas en restant figé dans un seul rôle, mais en les reliant tous. Aujourd’hui, quand il décroche un appel chez Finashore, il n’est plus seulement un conseiller clientèle. Il est aussi, quelque part, cet animateur qui sait poser la bonne question au bon moment, ce rédacteur qui trouve les mots justes, cet économiste qui anticipe les attentes.
Son parcours rappelle que la réussite n’est pas toujours spectaculaire. Elle peut se construire dans la discrétion, entre un casque de radio et un casque téléphonique, entre les lumières d’Agadir et les néons de Casablanca. Aziz Mustaphi n’a pas suivi le chemin tout tracé. Il l’a dessiné lui-même, trait après trait, micro après micro, appel après appel. Et quelque chose nous dit que ce n’est pas terminé.

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